Ce que m'a dit ma Grand-mère.

Ce que m'a dit ma grand mère sur les Noufé...

« si l'on ne sait pas où l'on va, n'oublions jamais d'où l'on vient »


Ce que Grand-mère m'a dit sur les Noufé.


"C'étaient des grands seigneurs du Pays Lobi, mais quand le colon est arrivé il a retiré les arcs et carquois et tout problèmes qui impliquaient un Noufé étaient tranchés en sa défaveur. Ils étaient des guerriers redoutables et incorrigibles. Ils étaient riches en matériel, bêtes, cauris ... Ils n'ont jamais collaboré avec le colon. Après leur avoir retiré les armes, le blanc leur imposa un commerçant ... comme chef". A l'origine, mes aïeux aux dires de ma Grand-mère étaient à Pokaranan vers Loropéni (Pokaranan traduit en français veut dire confluent). Ils ont migré vers le sud. A l'arrivée des Colons, avec tous les problèmes qu'ils avaient, ils décidèrent de se mêler aux autres populations Lobi. Comme ils étaient immensément riches, au risque de se voir confisquer tous leurs biens par le colon, ils enterraient tous leurs cauris en présence de leurs héritiers. Après leur décès, ces héritiers se partageaient cette richesse. La plus grande communauté des Noufé après Pokaranan s'est installée à Mintara dans le département de Guigouè. Selon ma Grand-mère Mintara, s'appelait originellement Noune n'tara ce qui signifie le pays où on ramasse la viande, où la viande est à portée de main. Ma Grand-mère y est née il ya maintenant 84 ans. Elle s'appelle Noufé Paalénami. Elle eu 15 autres frères et sœurs. Sa mère s'appelait Noufé Tessonnami et son père Kambiré Younfouté. Son père avait 3 femmes qui avaient également eu des enfants. Younfouté était un grand travailleur et ses greniers étaient toujours pleins. Il avait assez de bêtes et récoltaient les produits de cru. Ma Grand-mère n'a jamais connu ses oncles maternels car beaucoup sont morts au combat alors qu'elle était bien jeune. Mais elle a connu une de ses tantes qui était à Gongontionaho (les maisons perchées sur les collines) et ses cousins s'appelaient Tchahité, Binoté ... Ses frères s'appelaient Kchamité, Kchodjorè, Palendjité qui était jumeau, mais l'autre est décédé tout petit et ma Grand-mère n'a pas pu retenir son nom ; Djormirè, Dilité, Houfouté, Kilhouleté ... De tous ses frères, c'est Tchamité qui a le plus vécu, en plus il était l'aîné de la famille. Les autres sont morts avant que nous autres puissions les connaitre. Mon cousin Lamine confirme qu'il a connu Tchamité. C'était le portrait type de ma Grand-mère. Il portait de grosses boucles d'oreilles et ne s'habillait que d'une culotte fait de peaux d'animaux. Il était grand et très fort. Il est décédé à Mintara. Les sœurs de ma Grand-mère sont Hétina, Binègana... J'ai personnellement connu Hétina quand elle vivait à Gongontionaho. Elle était venue vivre auprès de son cousin là-bas. Elle était plus âgée que ma Grand-mère. Elle était très gentille avec nous, mais elle n'a jamais eu d'enfants. Chaque fois que nous allions lui rendre visite, quelque soit notre âge, elle nous disait de nous asseoir sur ses jambes. C'était une dame adorable. Elle avait de ces mets spéciaux qu'elle faisait, et à chaque retour à Kampti, elle nous remplissait de cadeaux. Brave Noufé, je ne t'oublierai jamais ! Malheureusement beaucoup de mes grands oncles sont partis à leur jeune âge.  A Mintara actuellement, ma Grand-mère me confirme que je peux toujours retrouver les neveux de Tchamité. Ils s'appellent Dellémité, Housoufté, Terkouèté, Tirkité. Des enfants de Kchamité, il reste Kodjorè qui a migré à Gbana où il vit toujours. Gbana est probablement au Nord de la Côte d'Ivoire. Un de ses fils est décédé dans la forêt (Loura), certainement en Côte d'Ivoire. A Gongontionaho, il ya toujours les enfants de Tchahité, le cousin de ma Grand-mère au nombre de 7 dont 6 vivants aujourd'hui. Ma Grand-mère a eu 7 enfants, je lui ai pas démandé ; je tiens ces informations de ma mère. Mais beaucoup n'ont pas survécu jusqu'à la puberté certainement à cause des maladies; la rougeole et la variole qui décimaient des familles entières. Seule ma mère et mon oncle Djenlarè ont vécu longtemps. Ma mère est décédée en 2001. Elle a en douze enfants dont onze vivants et moi je suis le dernier des Garçons. Mon oncle Djenlarè vit présentement à Diébougou et a huit enfants. Ma Grand-mère vit à Kampti.

Pour un devoir de mémoire j'ai écris ceci pour ne pas que cela reste dans l'oubli car la vie est très éphémère. Je continuerai à chercher dans le but de retrouver toute la grande famille des Noufé, des Kambou, Kambiré ... et j'espère que les esprits de mes aieux m'accompagneront.

Mon Commentaire.

En Lobiri, Noufé veut dire « seigneur ». Les Pères blancs n'ont pas trouvé mieux en traduisant le nom « Seigneur » de la bible par "Noufé" pour la compréhension des populations Lobis. Les Noufé avant l'arrivée des Colons régnaient en maître sur le pays Lobis. Quand je dis régner, je mesure bien mes mots, car je l'ai dit bien plus loin que le peuple Lobi est un peuple Libre et sans structure suprême, sans chef à proprement parlé. Les Noufé régnaient car ils étaient très riches et de vaillants et redoutables guerriers. Comme tous les Lobis d'ailleurs, ils avaient un sens de l'honneur très élevé.A l'arrivée des colons, les Lobis refusèrent de se soumettre et en avant prêts pour le combat, étaient les rebelles et incorrigibles Noufé. La résistance fut rude même si les livres blancs ont refusé de le mentionner. En effet du fait de l'organisation de la société Lobi, les Colons ne vainquirent pas vraiment les Lobis. Ils construisirent des forteresses immenses sur les collines du Pays Lobi dans le but de les surveiller et de mater au plus tôt chaque révolte qui verrait le jour. Les Noufé refusèrent la défaite et de temps en temps attaquaient nuitamment les gardes coloniales. Les Colons décidèrent de décimer ces hordes de rebelles. Les nobles guerriers furent combattus avec la dernière énergie. Pour les étouffer complètement, le colon donnait systématiquement raison à celui qui avait un problème quelconque avec les Noufe. De ce fait, les Noufé se retranchèrent loin des colons dans les forêts inaccessibles. Leurs problèmes étaient tranchés sur place et dans le cas contraire, ils migraient immédiatement avec toute leur famille.

Aujourd'hui le système n'a pas fini de faire ses effets. En changeant le complètement le système de filiation chez les Lobis qui était matrilinéaire, le colon a semé le désordre dans cette société. Ainsi par exemple, il est bien rare même en milieux Lobi de trouver des noms Noufé, pourtant très nombreux avant l'arrivée des colons. Ce nom a tendance à disparaître parce que les Noufé étaient de guerriers et beaucoup sont tombés sous les coups du colonisateur. Mais si le système n'avait pas changé, il n'aura aucun problème car chez le Lobi c'est la femme qui donne le nom. Les guerriers Noufé pouvaient tomber, leurs sœurs et filles donneraient toujours vie à des Noufé et le nom était perpétué. En changeant de système de filiation, les Noufé se sont retrouvés avec peu de d'hommes, l'essentiel ayant été tué ou emprisonné ce qui a mis à rude épreuve la pérennisation de ce nom.  

Aujourd'hui, j'avoue que je suis très heureux car grâce à la magie du net, j'ai retrouvé des Noufé sur Facebook, principalement ceux vivant en Côte d'Ivoire. Je les invite à retourner sur leur pas pour interroger les Noufés âgés qui sont au village afin d'avoir une base solide sur nos origines et les raisons de notre migration.

L'histoire a été vécue et enterrée, ma volonté c'est de rappeler pour éduquer et conscientiser. Néanmoins, retenons toujours ceci « si l'on si sait pas où l'on va, n'oublions jamais d'où l'on vient »

 

Grand Mère nous a quitté ce jour Lundi 04 Mars 2013 à Kampti à 08h 52mn. Brave «Noufé» va en paix et sache que tes petits fils et arrières petits fils ne t'oublieront jamais!

KAMBOU Benjamin

 

 

 

8 votes. Moyenne 5.00 sur 5.

Commentaires (8)

DESANOIS
  • 1. DESANOIS | 26/12/2015
Merci, je vis avec une Kambou (Colette), son père est Kambou Sié Pascal, son Grand-père Bindouté Da nous habitons Bobo et j'ai toujours plaisir à me rendre à Gaoua, j'ai beaucoup apprécié ce travail de mémoire.
Noufe  Helate
  • 2. Noufe Helate | 23/06/2014
[Je. Suis tres heureux d[u][/u]'avoir des information sur les Noufe
barglais christian
  • 3. barglais christian | 27/03/2014
bonjour benjamin
Quoique blanc, français, vivant au canada,j'ai beaucoup apprit avec toi.Plus que lors de ma visite du musée à Gaoua ou avec mes amis du coin.
J'espère te rencontrer à mon prochain passage en pays Lobi.
Fraternellement!
NOUFE Anatole
  • 4. NOUFE Anatole | 21/11/2013
Bonsoir Frère, c'est avec beaucoup d'émotions que j'ai parcouru ton site, Félicitations pour le colossal travail abattu.
J'ai toujours su que NOUFE signifiait seigneur, mais j'en sais un peu plus maintenant. Et puis, je le porte avec fierté.
Merci pour le boulot.
Kambiré Sié
  • 5. Kambiré Sié | 26/06/2012
Salut mon cher frère. Je suis très heureux de découvrir ton devoir de mémoire. Je tiens à te dire merci car ce que tu fais n'est pas pour la génération future seulement mais cette génération déjà perdue qui a besoin de repère. Pour cela j'ai même acheté les livres de Madeleine PERE pour comprendre ce que je suis et savoir d'où je viens. Je compte sur toi pour en savoir plus. Je régulièrement à KMPTI.
SIE KAMBRI
  • 6. SIE KAMBRI | 15/08/2010
Bonjour cher frère

je me réjouis du travail très colossal tu abats dans l'intérêt de toute la communauté Lobi. Je suis LOBI de Côte d'Ivoire et ma maman à pour nom de famille NOUFE. Je sais aussi que j'ai une partie de ma famille maternelle à KAMPTE au Burkina mais que je connais pas vraiment.

QUE TU SOIS DU BURKINA OU DE LA COTE D'IVOIRE, NOUS SOMMES TOUS FRERES LOBI.

MERCI INFINEMENT ET QUE DIEU T'INSPIRE POUR NOUS REVELER D'AUTRES HISTOIRES DU PEUPLE LOBI.
Commentaire de Kambou: Merci beaucoup mon frère! Le pays n'a pas d'importance pour nous les Lobi. Car moi qui vous écris, je suis né à Téhini en Côte d'Ivoire (Toujours en pays Lobi), mais j'ai fais toute mon enfance à Kampti au Burkina Faso. Comme je l'ai dit plus bas, il nous revient de savoir conserver notre culture pour nos enfants. Je vous informe également que j'avais l'intention d'écrire l'histoire des frères Kambou et Kambiré ou Kambri, une histoire que vous connaissez certainement, mais que j'aimerai beaucoup développer. Si vous avez des choses à publier sur les Lobis, n'hésitez pas du tout.
noufe sie
  • 7. noufe sie | 20/05/2010
je me réjouis de travail fait sur les "NOUFE" c'est mon plus grand desir d savoir qui je suis.bien sur je suis un NOUFE;c'est a dire un seigneur.mais un seigneur déraciné.
Grace a ce texte je connais mon origine;moi étant ivoirien.
merci beaucoup!!!
Commentaire de KAMBOU: Merci mon frère! Je suis heureux de savoir que depuis la Côte d'Ivoire tu m'écris. Nous les Lobis, comme nos voisins les Sénoufos, nous sommes les grandes victimes de la balcanisation de l'Afrique. Partagés entre 3 pays, les Lobi se retrouvent confrontés à des problèmes d'identités. Mais il nous revient de ne pas oublier qui nous sommes et de travailler à sauver notre culture que l'adversité géopolitique a alteré. Merci mon frère!
Lydie
Image

Voir plus de commentaires

Ajouter un commentaire

Date de dernière mise à jour : 26/07/2015