La croyance des Lobi aux Kontè

La croyance des Lobi aux Kontèè (Génies)

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La croyance lobi sur les génies ou kontèè

Qu’ils soient intellectuels ou chrétiens, ils sont nombreux les Lobi qui sont encore sous l’influence des croyances traditionnelles et superstitieuses. Parmi ces croyances, il y a celle qui porte sur les génies en particulier. Cette année, le sujet a défrayé la chronique dans la région du Sud-Ouest burkinabé, après l’hystérie collective qui a jeté plusieurs collégiennes et lycéennes de Gaoua et de Diébougou dans les pommes. Celles-ci avouaient toutes avoir vu de méchants génies.

Selon les Lobi, les génies ou kontèè (en langue lobiri) sont des êtres surnaturels, de petite taille, à cheveux roux et aux membres exagérément difformes, habitant les montagnes, les bois sacrés, les cours d'eau ou les brousses. Gardiennes de la nature, ces puissances chtoniennes peuvent être apprivoisées pour le bonheur des humains qui tiennent d'elles, l'art de la culture, de la musique, de la chasse, de la médecine etc. Les plus méchantes d’entre elles s’en prennent aux hommes, chez qui elles peuvent provoquer la démence, la stérilité, le célibat, l’impuissance sexuelle, etc.

Tout bon Lobi traditionnel fait tout pour ne pas contrarier un génie ou kontèè. En implantant une nouvelle maison, par exemple, il fera des traces pour observer si un génie n’en est pas jaloux. Si ces traces disparaissent durant la nuit, le Lobi abandonnera cette construction. Si c’est un nouveau champ qu’il prépare, il fera des traces sur son domaine. Et si ces traces disparaissent, il abandonnera ce nouveau champ car les génies l’habitent. Ces génies affectionnent les endroits pittoresques, les gros arbres à forme impressionnante, les forêts, les grottes, les cours d’eau, les brousses en général. Habituellement invisibles, les génies peuvent se faire voir à des privilégiés, à qui ils révèlent des secrets salutaires. Ils vivent en famille comme les humains. Tandis que le mâle est généralement plus bienveillant, la femelle est toujours dangereuse surtout quand elle allaite. Ces créatures anthropomorphes ont les pieds tournés à l’envers par rapport aux humains. Elles sont généralement de petites tailles, de teint rougeâtre, avec d’abondantes chevelures. Elles conduisent périodiquement quelques humains dans leurs repaires pour leur apprendre des techniques artistiques (musique, artisanat) et magiques (médecine traditionnelle). Plusieurs Lobi ont été enlevés par ces puissances de la nature et sont réapparus dans la société avec de nouveaux charismes inexplicables.

De nombreux contes et mythes dans la société des Lobi mettent en scène les humains et les génies de la brousse. Cette littérature orale continue d’alimenter l’imaginaire des Lobi, qui n’est pas prêt à se départir de ces croyances superstitieuses. Des faits étranges sont racontés avec force détails pour justifier ces croyances.

Tenez ! Quand j’étais à l’école primaire, un des écoliers a disparu dans la brousse, enlevé, dit-on par les génies. Il était de teint très clair. Alors qu’il n’était pas intelligent en classe, à son retour de cette aventure, il était devenu très brillant à l’école.

De plus, quand je séjournais dans le village de Nako, on m’a conduit un jour une jeune fille, qui avait été menacée plusieurs fois par des génies, quand elle a voulu se marier. Ces génies, qui lui étaient apparus à son enfance, l’avaient mariée et n’acceptaient pas qu’elle se marie à un humain. Ils la menaçaient de mort, si elle se mariait. Elle se préparait justement à faire des fiançailles avec un jeune homme. Alors que ses parents sont animistes, croyants fieffés donc dans ces histoires de génies, ils m’ont conduit leur fille pour une prière de protection et de guérison, car leur fille était devenue chrétienne et refusait de se soumettre à leur exorcisme traditionnel. Pendant deux semaines, j’ai essayé de comprendre ce que cette jeune fille de Moulera vivait. Et j’ai prié pour elle. Et cette année, madame Pélagie et son mari sont venus me voir à Gaoua avec leurs deux enfants. Depuis notre prière de libération et de protection (cela fait plus de 7 ans aujourd’hui), elle n’a plus été dérangée par les génies.

Les jeunes filles comme les jeunes gens des lycées et collèges de Gaoua et de Diébougou tombent régulièrement en syncope après avoir, disent-ils, vu des génies dans la cour de recréation ou sur la grande route qui les mène de leurs salles de classe à leur domicile. Les parents d’élèves courent chez les marabouts ou les charlatans pour trouver l’antidote. Les chrétiens vont voir le prêtre, et les évangéliques ou protestants multiplient les séances d’exorcismes à l’occasion. La croyance donc sur les génies n’est pas une affaire du passé, elle demeure une des superstitions africaines, qui a encore la peau dure, même malgré l’urbanisation, le passage au christianisme ou la scolarisation qui ouvre au positivisme intellectuel.

POODA Sansan Hervé

B.P. 07 GAOUA / Burkina Faso : sanherpo@yahoo.fr

 

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Date de dernière mise à jour : 27/07/2013